Pourquoi la réglementation hyperbare est-elle indispensable ?

Pourquoi la réglementation hyperbare est-elle indispensable ?

Mercredi, 26 Août 2026

Choisir la plongée professionnelle comme métier ne consiste pas seulement à maîtriser sa flottabilité ou à accumuler des heures d’immersion. En France, toute intervention réalisée en milieu hyperbare dans le cadre du travail est encadrée par une réglementation précise, principalement intégrée au Code du travail.

Cette réglementation distingue notamment deux grandes voies professionnelles : la mention A, associée aux travaux subaquatiques réalisés par les scaphandriers, et la mention B, consacrée à différentes interventions subaquatiques dans les domaines scientifique, technique, culturel, audiovisuel ou du secours.

Comprendre cette différence est essentiel avant de choisir une formation. La mention définit en effet la nature de l’activité professionnelle, tandis que la classe détermine le niveau de profondeur et de pression auquel le professionnel est autorisé à intervenir.

"Le Code du travail encadre la prévention des risques liés aux interventions réalisées en milieu hyperbare" Code du travail, articles R.4461-1 et suivants

Sommaire

Pourquoi la réglementation hyperbare est-elle indispensable ?

Le milieu hyperbare expose les travailleurs à des risques spécifiques : pression, décompression, froid, visibilité réduite, isolement, difficulté de communication et contraintes liées à l’approvisionnement en gaz respiratoire.

À ces risques physiologiques s’ajoutent ceux liés à l’environnement de travail :

  • circulation maritime ou fluviale ;
  • courant et houle ;
  • présence d’engins ou d’outils sous-marins ;
  • risques électriques ou hydrauliques ;
  • instabilité des ouvrages ;
  • pollution ou contamination de l’eau ;
  • opérations de levage et de manutention ;
  • risques liés aux explosifs ou aux munitions immergées.

La réglementation française impose donc un cadre concernant :

  • la qualification et la formation des travailleurs ;
  • l’organisation de l’intervention ;
  • la composition de l’équipe ;
  • les procédures d’accès, de séjour et de sortie ;
  • les moyens de secours ;
  • le suivi médical ;
  • l’utilisation et la vérification des équipements ;
  • la prévention des accidents de décompression.

📊 Articles R.4461-1 à R.4461-48 du Code du travail consacrés à la prévention des risques en milieu hyperbare - Cadre réglementaire

La première question à se poser n’est donc pas uniquement : « Jusqu’à quelle profondeur puis-je plonger ? » Il faut d’abord déterminer : « Pour quel type de travail vais-je intervenir sous l’eau ? »

C’est cette réponse qui oriente vers la mention A ou la mention B.

La mention A : le métier de scaphandrier

La mention A correspond aux travaux hyperbares effectués en milieu subaquatique. Elle concerne principalement les opérations dans lesquelles la plongée constitue le cœur du métier.

Le professionnel est généralement appelé scaphandrier, même si les équipements et les environnements peuvent varier selon les chantiers.

Quels secteurs relèvent de la mention A ?

La mention A est particulièrement présente dans :

  • le bâtiment et les travaux publics ;
  • le génie civil maritime et fluvial ;
  • les travaux portuaires ;
  • la construction et la maintenance d’ouvrages immergés ;
  • les interventions sur les barrages, digues, quais et pontons ;
  • les travaux sur les piles de pont et fondations ;
  • les opérations de découpe, soudage ou carottage sous-marins ;
  • les travaux de terrassement, de dragage ou de pose d’ancrages ;
  • les opérations de renflouement et de récupération lourde.

Un scaphandrier peut, par exemple, intervenir pour contrôler l’état d’une fondation, réaliser une mesure sur une structure métallique, poser un élément d’ouvrage, effectuer une réparation sous-marine ou participer à une opération de levage.

La plongée n’est pas ici un simple moyen d’accès à une zone de travail : elle est l’environnement professionnel dans lequel le chantier est réalisé.

Un métier technique et collectif

Le travail du scaphandrier repose rarement sur une personne seule. Une intervention est préparée et surveillée depuis la surface par une équipe compétente, avec une organisation adaptée au niveau de risque.

Selon les opérations, le dispositif peut comprendre :

  • un scaphandrier intervenant ;
  • un plongeur de secours ;
  • un surveillant ou chef d’opération hyperbare ;
  • un opérateur chargé des communications ;
  • une équipe de surface pour la manutention et la sécurité ;
  • des techniciens spécialisés dans le chantier concerné.

Le professionnel doit être capable de suivre des consignes précises, de communiquer efficacement avec la surface et de réagir à une situation anormale sans improvisation.

Quel matériel utilise un scaphandrier ?

La mention A implique souvent des équipements plus lourds et plus intégrés qu’une configuration de plongée de loisir. Le matériel peut comprendre :

  • un casque ou un masque facial complet ;
  • un ombilical assurant l’alimentation en gaz, les communications et parfois la vidéo ;
  • un système de communication filaire ;
  • des protections thermiques et mécaniques renforcées ;
  • des outils hydrauliques ou pneumatiques ;
  • des moyens de levage et de manutention ;
  • des systèmes de contrôle et d’enregistrement ;
  • des équipements de secours redondants.

Le choix de l’équipement dépend de la profondeur, de la durée de l’intervention, de la nature des travaux et des contraintes du site. Dans tous les cas, la rigueur est indispensable : inspection du matériel, contrôle des alimentations en gaz, vérification des communications, préparation des procédures et traçabilité de l’intervention.

"L’arrêté du 14 mai 2019 précise les procédures applicables aux travaux hyperbares effectués en milieu subaquatique dans le cadre de la mention A"— Arrêté du 14 mai 2019

La mention B : les interventions subaquatiques

La mention B concerne les interventions hyperbares qui ne relèvent pas directement des travaux subaquatiques de la mention A. Elle regroupe des activités très diverses, dans lesquelles la plongée sert généralement un objectif scientifique, technique, culturel, médiatique ou opérationnel.

Dans cette voie, le professionnel possède souvent un métier principal exercé sous l’eau.

Les principaux domaines de la mention B

La mention B peut concerner notamment :

  • les sciences et la recherche ;
  • la biologie marine ;
  • l’océanographie ;
  • l’archéologie sous-marine et subaquatique ;
  • l’audiovisuel et la production d’images ;
  • les médias ;
  • certaines interventions techniques ;
  • la pêche et l’aquaculture ;
  • les opérations de secours visant à préserver la vie humaine ;
  • d’autres interventions spécialisées encadrées par la réglementation.

Par exemple, un archéologue peut plonger pour étudier une épave, un chercheur pour effectuer des prélèvements, un technicien audiovisuel pour réaliser des prises de vues ou un spécialiste du secours pour rechercher une personne ou un objet immergé.

La logique est différente de celle de la mention A : la plongée devient un outil au service d’une autre compétence professionnelle.

Des compétences complémentaires indispensables

Obtenir une qualification en mention B ne remplace pas la compétence métier. Un plongeur scientifique doit maîtriser les méthodes de son domaine, tout comme un plongeur audiovisuel doit connaître la prise de vue, la lumière et la gestion du matériel vidéo.

Les aptitudes attendues peuvent inclure :

  • la maîtrise des procédures de plongée professionnelle ;
  • la connaissance des risques hyperbares ;
  • la préparation d’une mission ;
  • la communication avec l’équipe de surface ;
  • la gestion d’un équipement spécifique ;
  • la collecte et la conservation de données ;
  • le respect des protocoles scientifiques ou techniques ;
  • la capacité à intervenir dans un environnement parfois imprévisible.

Dans le cadre de l’archéologie, par exemple, la précision du positionnement, la documentation des vestiges et le respect des protocoles de conservation sont aussi importants que la maîtrise de la plongée.

Dans l’audiovisuel, la stabilité, le cadrage, la gestion de l’éclairage et la sécurité du matériel peuvent être prioritaires. En secours, la rapidité d’action, la coordination et la capacité à gérer une situation d’urgence deviennent déterminantes.

"La mention B couvre les interventions hyperbares relevant notamment des techniques, des sciences, de la pêche, de l’aquaculture, des médias et d’autres interventions"— Arrêté du 29 mai 2024

Mention A ou mention B : les principales différences

CritèreMention AMention B
FinalitéRéaliser des travaux sous-marinsAccomplir une mission spécialisée sous l’eau
Métier typeScaphandrier professionnelScientifique, archéologue, technicien, opérateur audiovisuel ou secouriste
SecteursBTP, génie civil, industrie, ouvrages maritimesSciences, archéologie, médias, secours, pêche, aquaculture
PlongéeCœur de l’activitéOutil au service d’une autre activité
MatérielÉquipement de chantier, ombilical, outils spécialisésÉquipement adapté à la mission : caméra, instruments scientifiques, matériel de secours
OrganisationForte coordination de chantier et procédures hyperbaresCoordination entre expertise métier et sécurité hyperbare
Formation complémentaireTechniques de travaux subaquatiquesCompétence professionnelle propre au domaine d’intervention

Le système des classes 0, I, II et III

Il est fréquent de confondre la mention et la classe. Pourtant, ces deux éléments répondent à des questions différentes :

  • la mention indique le type d’activité professionnelle ;
  • la classe indique le niveau de pression hyperbare auquel le travailleur peut intervenir.

Les classes sont généralement présentées de la manière suivante :

ClassePression relative maximaleÉquivalence indicative en profondeur
Classe 0Jusqu’à 1 200 hectopascalsEnviron 12 mètres
Classe IJusqu’à 3 000 hectopascalsEnviron 30 mètres
Classe IIJusqu’à 5 000 hectopascalsEnviron 50 mètres
Classe IIIAu-delà de 5 000 hectopascalsAu-delà d’environ 50 mètres

📊 Les classes sont déterminées par la pression relative maximale, et non par une simple mesure de profondeur - Profondeur réglementaire

Ces correspondances en mètres sont indicatives. La réglementation raisonne en pression, car celle-ci dépend notamment de la nature du milieu et des conditions d’intervention.

Un professionnel peut donc être, par exemple :

  • titulaire de la mention A en classe I ;
  • titulaire de la mention B en classe II ;
  • formé dans une mention donnée, mais limité à une classe précise ;
  • amené à compléter sa qualification pour évoluer vers d’autres profondeurs ou missions.

Il ne suffit donc pas d’avoir une expérience importante en plongée pour intervenir automatiquement sur un chantier ou une mission professionnelle. L’autorisation doit correspondre à la fois à la nature de l’activité et à la classe requise.

Comment choisir entre la mention A et la mention B ?

Le choix dépend avant tout de votre projet professionnel.

Choisissez plutôt la mention A si…

Vous souhaitez :

  • travailler sur des chantiers maritimes ou fluviaux ;
  • participer à la construction ou à la maintenance d’ouvrages ;
  • intervenir sur des quais, digues, ponts ou barrages ;
  • utiliser des outils sous-marins ;
  • évoluer dans le BTP, l’industrie ou le génie civil ;
  • faire de la plongée votre activité professionnelle principale.

La mention A convient aux personnes attirées par le travail technique, la manutention, la précision des gestes et la vie en équipe sur des chantiers exigeants.

Orientez-vous plutôt vers la mention B si…

Vous souhaitez :

  • travailler dans un laboratoire ou un organisme de recherche ;
  • participer à des campagnes scientifiques ;
  • étudier des sites archéologiques immergés ;
  • réaliser des images sous-marines ;
  • intervenir dans le domaine du secours ;
  • exercer un métier spécialisé dont la plongée constitue une partie de l’activité.

La mention B est particulièrement adaptée aux profils qui souhaitent associer une expertise métier à une compétence hyperbare.

Les questions à vous poser avant de choisir

Avant de vous inscrire en formation, demandez-vous :

  • Quel secteur professionnel m’attire réellement ?
  • Est-ce que je veux construire, réparer et contrôler des ouvrages ?
  • Est-ce que je souhaite utiliser la plongée pour observer, mesurer, filmer ou secourir ?
  • Suis-je prêt à travailler dans une équipe hiérarchisée et à suivre des procédures strictes ?
  • Quelle classe de profondeur est nécessaire pour mon futur métier ?
  • Quelles compétences complémentaires dois-je acquérir ?
  • L’organisme de formation est-il habilité et reconnu pour le parcours visé ?

Il est également utile d’échanger avec des professionnels en activité, de visiter un centre de formation et de vérifier les conditions d’accès : aptitude médicale, niveau technique, expérience en plongée, prérequis scolaires et projet professionnel.

Questions fréquentes

Peut-on travailler comme plongeur professionnel avec un niveau de plongée loisir ?

Non. Un niveau de plongée loisir ne donne pas automatiquement le droit de travailler en milieu hyperbare. Pour exercer une activité professionnelle, il faut suivre une formation adaptée à la mention et à la classe correspondant au poste occupé.

La mention A permet-elle de travailler dans tous les domaines sous-marins ?

Non. La mention A est principalement destinée aux travaux subaquatiques. Pour exercer dans la recherche, l’archéologie, l’audiovisuel ou certaines activités de secours, une formation relevant de la mention B peut être nécessaire.

La classe II est-elle supérieure à la classe I ?

Oui. La classe II autorise des interventions à un niveau de pression supérieur à celui de la classe I, sous réserve de respecter les exigences de formation, d’aptitude médicale et d’organisation de l’intervention.

Faut-il être très bon nageur pour devenir scaphandrier ?

Une excellente condition physique et une bonne aisance aquatique sont indispensables. Toutefois, le métier repose aussi sur la rigueur, la résistance au stress, la capacité à travailler en équipe, la maîtrise technique et le respect absolu des procédures de sécurité.

Chiffres clés

📊 2 grandes mentions professionnelles structurent les principales activités hyperbares : la mention A pour les travaux subaquatiques et la mention B pour les interventions spécialisées.

📏 4 classes de profondeur existent dans le cadre réglementaire : classe 0, classe I, classe II et classe III.

⚙️ 1 principe essentiel : la mention correspond à la nature du métier, tandis que la classe correspond au niveau de pression et de profondeur.

🎓 100 % des interventions professionnelles doivent être préparées, organisées et réalisées par des travailleurs formés et aptes à intervenir en milieu hyperbare.

📊 Une qualification doit correspondre à la fois à la mention, à la classe et à la mission confiée - Parcours professionnel

Conclusion

La différence entre la mention A et la mention B repose essentiellement sur la finalité de l’intervention.

La mention A s’adresse aux futurs scaphandriers qui souhaitent réaliser des travaux subaquatiques dans le BTP, l’industrie, le génie civil ou la maintenance d’ouvrages. La mention B concerne les professionnels qui utilisent la plongée comme un outil au service d’une activité scientifique, archéologique, audiovisuelle, technique ou de secours.

Le système des classes complète cette distinction en indiquant le niveau de pression auquel le professionnel peut intervenir. Il est donc essentiel de ne pas confondre métier et profondeur : une mention ne remplace pas une classe, et une classe ne définit pas à elle seule le type d’activité autorisé.

Pour travailler en sécurité, une formation certifiée et adaptée au projet est indispensable. Des organismes spécialisés comme l’Institut national de plongée professionnelle — INPP, ainsi que les autres centres habilités, peuvent accompagner les candidats dans la construction de leur parcours.

Avant toute inscription, vérifiez toujours la reconnaissance de la formation, les prérequis médicaux, la mention préparée, la classe visée et les débouchés professionnels proposés. Le choix le plus sûr est celui qui associe un projet professionnel clair, une qualification réglementaire adaptée et une véritable culture de la prévention.

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